Nicolas Sarkozy plaide pour le développement durable

Nouvelobs.com, le 12 02 08

Nicolas Sarkozy, en visite en Guyane, a déclaré lundi 11 février qu’il était nécessaire de "concilier ces deux exigences que sont le développement du territoire et le respect de notre planète", justifiant son refus d'une mine d'or à ciel ouvert à Kaw.

Patrimoine naturel
Le projet de mine d'or de Kaw, est "un bon exemple car ce projet a posé la question de savoir quelles sont les filières réellement porteuses de création de richesses en Guyane", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une allocution prononcée dans le village amérindien de Camopi, à la porte du parc amazonien de Guyane créé en 2007.
"Je pense toujours que la Guyane n'a pas le choix entre l'or, d'une part, et la préservation de l'environnement d'autre part", a-t-il expliqué. Mais "si j'avais laissé ce projet se faire, nous aurions porté atteinte de façon irrémédiable, à un patrimoine naturel considéré comme unique", a-t-il plaidé. "Il fallait faire un choix. J'ai choisi de ne pas autoriser ce projet (...) je voudrais faire de la Guyane un territoire exemplaire en matière écologique", a justifié Nicolas Sarkozy. "Ici, nous devons démontrer que nous sommes capables de concilier ces deux exigences que sont le développement du territoire et le respect de notre planète", a-t-il insisté.


Redevance minière
Nicolas Sarkozy a annoncé la réalisation dès l'année 2008 d'un "schéma départemental d'orientation minière et d'aménagement" qui permettra de "définir le cadre d'une exploitation de l'or respectueuse des richesses de la biodiversité".
"Ce schéma définira des zones ouvertes à l'exploitation minière (...) et des zones interdites à l'exploitation minière", a-t-il précisé lors d'un discours à la chambre de commerce et d'industrie de Cayenne. "Je crois en la filière aurifère (...) nous devons construire une filière exemplaire en Guyane", a poursuivi le président, annonçant qu'il avait demandé au gouvernement de procéder à une augmentation de la redevance minière et à son indexation "sur la valeur de l'or des marchés mondiaux". "Une partie du produit de cette redevance devra d'ailleurs être réservée au financement d'un conservatoire écologique de la Guyane", a-t-il ajouté.

Le "non" du président au projet minier de Kaw, qui prévoyait pourtant la création de 900 emplois directs et induits dans une région où le taux de chômage atteint près du triple (20,2%) de la moyenne hexagonale, a suscité la colère des acteurs économiques locaux. Nicolas Sarkozy a annoncé à Cayenne qu'il recevrait prochainement à Paris les dirigeants du groupe canadien Iamgold, à l'origine du projet.

L'armée et le GIGN appelés en renfort

Le Monde, le 12 02 08
Par Xavier Ternisien


Nicolas Sarkozy, en visite en Guyane du 11 au 12 février, a annoncé le déploiement de 1 000 hommes, dès la semaine du 17 février, pour "une opération exceptionnelle de sécurisation du territoire".
"J'ai demandé aux armées de déployer des renforts venant de la métropole et des Antilles, ainsi que des moyens d'observation et de transport aérien", a déclaré le président de la République à Camopi, un village amérindien situé sur le bord de l'Oyapock, à la frontière avec le Brésil. "La gendarmerie nationale enverra, parallèlement, des renforts ainsi que des spécialistes du GIGN", a-t-il ajouté. Nicolas Sarkozy a aussi annoncé une modification du code minier, du code des douanes et du code de procédure pénale pour renforcer l'arsenal juridique contre les clandestins.

Selon les statistiques officielles, 3 000 orpailleurs clandestins séviraient en Guyane. Les associations avancent des chiffres plus inquiétants, de l'ordre de 8 000 personnes. Cet orpaillage sauvage est à l'origine d'un désastre écologique dans la forêt amazonienne. Ces garimpeiros déversent dans les cours d'eau des boues résiduelles, du carburant et surtout du mercure, utilisé pour agglomérer les particules d'or. Ce métal se retrouve le long de la chaîne alimentaire jusqu'à l'homme. Selon des études de la Direction générale de la santé, plus de 70 % des enfants amérindiens Wayana du Haut-Maroni présenteraient des concentrations de métal supérieures aux normes de l'OMS, liées à la consommation de poissons du fleuve.

Camps plus discrets
Le WWF, qui a organisé un survol de sites témoins, le 10 février, avec la députée Christiane Taubira (Walwari, app.
PRG), estime à 500 le nombre de chantiers. "Les camps sont plus discrets et plus petits, estime Laurent Kelle, représentant du WWF en Guyane. On peut avoir l'impression que leur nombre diminue, mais en réalité, on assiste à un éparpillement." Pour Mme Taubira, "la situation ne peut que s'aggraver, l'or ayant atteint un niveau historique". La députée souhaite que l'on s'attaque en priorité aux filières d'approvisionnement des orpailleurs en matériel et carburant. En 2007, la gendarmerie a mené 113 opérations "Anaconda" contre les orpailleurs clandestins. Elles ont permis la destruction de matériel pour une valeur de 23 millions d'euros, la saisie de 12 kg d'or et de 71 kg de mercure.

Lundi 11 février, M. Sarkozy a justifié son refus d'ouvrir une mine d'or à ciel ouvert, qui aurait été exploitée par la société canadienne Iamgold, sur le site de la montagne de Kaw, au sud-est de Cayenne : "Si nous avions laissé ce projet se faire, a-t-il déclaré, nous aurions porté atteinte, de façon irrémédiable, à un patrimoine naturel considéré comme unique."

Mille hommes engagés en Guyane contre l'orpaillage clandestin

Reuters, le 08 03 08
Par Laurent Marot

Annoncé le 11 février par le président Nicolas Sarkozy, le dispositif de l'opération "Harpie" de lutte contre l'orpaillage clandestin est pleinement opérationnel depuis le 3 mars dans la forêt guyanaise, a indiqué vendredi à Reuters la préfecture de Guyane. Cette opération, la plus importante jamais engagée contre l'orpaillage illégal dans ce département français d'Amérique du sud, mobilise mille hommes - soldats, gendarmes, policiers et douaniers - dix hélicoptères et un avion de transport Casa, selon la préfecture. Cinq cents cinquante hommes sont venus en renfort de métropole et des Antilles, le reste étant des militaires ou fonctionnaires déjà stationnés dans le département, précise l'administration.

Six points de contrôle permanents ont été mis en place sur les cours d'eau guyanais, venant s'ajouter aux trois barrages fluviaux déjà existants. La circulation de nuit est interdite par arrêté préfectoral au-delà de ces points de contrôle, de 18h30 à 6h00 du matin. Un barrage routier permanent a également été mis en place sur la piste Paul Isnard, dans l'ouest du département, venant renforcer deux autres points de contrôle sur les routes nationales du littoral. L'objectif est de "paralyser l'approvisionnement des sites d'orpaillage clandestin", précise la préfecture dans un communiqué.

Participation du GIGN
Dans ce territoire de 86.000 km2, recouvert à 90 % de forêt amazonienne, cinq à huit mille orpailleurs clandestins travaillent sur des sites isolés, accessibles seulement par pirogue et à pied, ravitaillés le plus souvent depuis le Surinam et le Brésil voisins.
L'objectif de l'opération Harpie est aussi la destruction de ces sites clandestins, destruction déjà engagée depuis 2002 dans le cadre des opérations "Anaconda". En 2007, 113 opérations ont été menées contre les chantiers illégaux, pour 23 millions d'euros de matériel détruit. Dix hommes du GIGN (Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale) participent à l'opération Harpie pour "mener des opérations coup de poing" ou "apporter une expertise technique ou une capacité d'analyse particulière", selon la gendarmerie. Un représentant de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique a également été envoyé en Guyane.

L'orpaillage illégal sévit aussi dans le Parc Amazonien, le parc national du sud de la Guyane, créé en février 2007 sur 3,4 millions d'hectares, afin de protéger l'une des dernières forêts tropicales humides à l'état primaire. Selon l'Office National des Forêts, on comptait fin 2005 en Guyane 1.333 kilomètres de cours d'eau directement impactés par les chantiers miniers, légaux comme illégaux, et 4.671 km de fleuves et rivières touchés par les pollutions, en aval de ces chantiers. De 2000 à 2005, la surface déboisée par l'activité minière est passée de 4.000 à près de 11.500 hectares, selon l'ONF.

Le Président de la société Iamgold reçu à l’Elysée

Présidence de la République, communiqué, le 13 03 08
Déclaration du Porte-parole sur l'audience de M. Joseph Conway, Président de la société Iamgold.

Comme il s’y était engagé lors de son déplacement en Guyane, le Président de la République a reçu M. Joseph F. Conway, Président de la Société Iamgold, ce jeudi 13 Mars 2008 au palais de l’Élysée.
A cette occasion le Président de la République a rappelé l’importance qu’il attachait au développement de la Guyane et à la poursuite d’une activité minière respectueuse de l’environnement. Il a renouvelé à la société Iamgold toute sa confiance dans sa volonté de s’implanter durablement en Guyane, aux côtés d’autres opérateurs miniers. Le Chef de l’État a indiqué à la société qu’elle avait toute sa place dans la structuration de l’activité minière qui est en cours avec la réalisation d’un schéma minier.

A ce titre, le Président de la République a donné des précisions à M. Conway sur les conditions d’élaboration de ce schéma et sur le calendrier en lui remettant la lettre qui vient d’être adressée par les Ministres en charge de l’environnement et de l’outre-mer au préfet Mansillon pour la conduite de cette mission.
Il a rappelé que ce schéma sera applicable, même partiellement, dès la fin de l’année, afin de répondre aux demandes des sociétés qui sont en attente depuis plusieurs mois et permettre la délivrance de permis dès le début 2009.

Enfin, le Président de la République a accepté de considérer et de faire instruire par le Ministre de l’écologie du développement et de l’aménagement durables les nouveaux projets présentés par la société Iamgold qui devront s’inscrire dans une politique de développement du secteur minier conforme au schéma.

Opération massive contre l’orpaillage clandestin

RFO, le 14 03 08

Sept kilos d’or, deux kilos de mercure et du matériel d’exploitation de chantiers d’orpaillage ont été saisis mercredi en Guyane dans le cadre d’une opération des autorités française contre l’orpaillage clandestin.
C’était l’un des engagements de Nicolas Sarkozy lors de son voyage en Guyane au début du mois de février de livrer une lutte sans merci contre les chercheurs d’or clandestins. Cet engagement a pris application concrète hier.

Le jeudi 13 mars, 120 gendarmes et 4 hélicoptères ont été mobilisés. D’habitude on se contente de démanteler un ou deux sites d’orpaillage mais cette fois, ce sont des commerçants qui ont servis de soutien logistique aux chercheurs d’or qui étaient visés. L’opération a été menée non seulement à Saint-Elie dans la forêt amazonienne où travaillent les orpailleurs mais aussi à Kourou, Cayenne Remire Monjoly et Matoury sur plus de 30 cibles.

Selon le capitaine de gendarmerie Bruno Combes qui dirigeait l’opération, le bilan de l’opération est globalement positif : « Il a été opéré 18 interpellations, des gardes à vues sont toujours en cours. Il a été également procédé à l’interpellation de 13 étrangers en situation irrégulière. Au final, c’est un bilan très positif puisqu’on a 7 kilos d’or saisis, 2 kg de mercure ainsi que de nombreux bijoux et des documents comptables. Il s’agit là de la première enquête judiciaire réellement menée pour les filières liées à l’orpaillage illégal en Guyane. » La brigade de recherche de la gendarmerie a travaillé de concert avec le GIR (Groupe d’intervention régional), le parquet et un juge d’instruction, mettant en évidence des réseaux d’immigration clandestine, de proxénétisme, de contrebande.

Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), l’orpaillage clandestin est une importante source de pollution, à cause des importants rejets de mercure utilisés pour son exploitation.
Selon le WWF, 10 tonnes d’or sont extraites chaque année illégalement en Guyane, contre à peine trois dûment déclarées. Ces activités alimentent également l’insécurité, les orpailleurs étant très souvent armés.

Lutte contre l’orpaillage illégal et expertise environnementale

Gendarmerie nationale, le 18 03 08

Dans le cadre de l'opération « Harpie », un officier de gendarmerie, de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) est mis à la disposition du Commandement de la gendarmerie (COMGEND) de Guyane.
Il apporte aux enquêteurs locaux son expertise et son expérience dans un domaine particulièrement prégnant en Guyane, l'environnement.

Le phénomène de l'orpaillage illégal génère en effet un nombre important d'atteintes à l'environnement.
On retrouve deux sources majeures de pollution liées à l'orpaillage illégal :
-  le mercure ;
- le rejet de boues : l'augmentation drastique des matières en suspension entraîne une perte de lumière, ce qui provoque des atteintes graves à la faune aquatique et par là-même une perte d'oxygène. A terme, c'est la flore et la faune de la crique qui disparaissent.

Un officier de police judiciaire de la gendarmerie se déplace sur les sites d'orpaillage illégaux lors des opérations menées et procède à des prélèvements des eaux (turbidité -état d'un liquide trouble-, mercure), à des vérifications du taux de mercure dans l'air.
Au nom de la santé publique, ils soumettent les « garimpeiros » volontaires à une détection du taux de concentration de mercure dans l'air au niveau de leurs vêtements. En effet, lors du brûlage de l'amalgame or / mercure, ces derniers inhalent des vapeurs de mercure entraînant des conséquences graves sur leur santé.

Cet engagement de la gendarmerie dans le domaine environnemental traduit également la nécessaire collaboration interministérielle, clé de voûte de la réussite de l'opération « Harpie ».
C'est grâce à l'étroite collaboration avec les différents services de l'Etat présents en Guyane que la gendarmerie peut œuvrer : Direction de la santé et du développement social (DSDS), Direction de l'agriculture et de la forêt (DAF), Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE), Office national des Forêts (ONF), Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), Direction régionale de l'environnement (DIREN) et l'établissement public du Parc national amazonien de Guyane.

Témoignage de cette coopération, le prêt de matériels spécifiques par certains de ces services pour permettre une bonne réalisation des missions confiées à la gendarmerie.
Ainsi, outre les mallettes de prélèvements de la gendarmerie, les enquêteurs disposent d'un turbidimètre (DAF) et d'un détecteur de mercure (DSDS). En parallèle, l'officier de l'OCLAESP assure la formation d'une quarantaine de militaires de la gendarmerie de Guyane : Techniciens en identification criminelle (TIC), formateurs relais écologie-environnement (FREE), gradés et gendarmes des unités territoriales. Ils seront en mesure dans les semaines à venir de prendre en charge cette problématique environnementale.{jcomments off}